L’Association du transport aérien international (IATA), qui représente quelque 290 compagnies aériennes assurant 82% du trafic aérien mondial, lance un appel aux gouvernements d’Afrique et du Moyen-Orient pour qu’ils apportent un soutien d’urgence aux compagnies aériennes « qui luttent pour leur survie à la suite de l’évaporation de la demande » occasionnée par la pandémie de Covid-19.

L’endiguement de la COVID-19 « est la priorité absolue des gouvernements », a rappelé le 19 mars 2020 l’IATA, l’urgence sanitaire étant devenue « une catastrophe pour les économies et pour l’aviation. » L’ampleur de la crise que vit l’industrie dépasse en gravité et en taille « les autres crises que furent les attentats du 11 septembre, l’épidémie de SRAS et la crise financière mondiale de 2008 », et les compagnies aériennes luttent pour leur survie. Plusieurs liaisons ont été interrompues en Afrique et au Moyen-Orient, et les compagnies aériennes ont constaté des diminutions de trafic allant jusqu’à 60 % sur les routes encore desservies. « Des millions d’emplois sont en jeu. Les compagnies aériennes ont besoin de mesures gouvernementales urgentes pour sortir de cette situation dans un état qui leur permettra de contribuer à la reprise mondiale, une fois que la COVID-19 aura été vaincue », a déclaré dans un communiqué Alexandre de Juniac, directeur général et chef de la direction de l’IATA.

Des mesures de réduction des coûts de grande ampleur sont mises en œuvre par les transporteurs de la région pour atténuer l’impact financier de la COVID-19, reconnait l’IATA. Toutefois, en raison des interdictions de vol et des restrictions de voyage internationales et régionales, les recettes des compagnies aériennes sont « en chute libre, ce qui annule même les mesures les plus draconiennes de réduction de coûts ». Avec des réserves de trésorerie d’environ deux mois, les compagnies aériennes de la région font face à une crise de liquidité existentielle. Il faut de toute urgence des mesures de soutien (à l’échelle mondiale, l’IATA évalue que l’aide d’urgence requise s’élève à 200 milliards $).

La contribution économique de l’industrie aérienne d’Afrique est évaluée à 55,8 milliards $ US ; l’industrie soutient 6,2 millions d’emplois et sa contribution au PIB s’élève à 2,6%. Au Moyen-Orient, la contribution économique de l’industrie aérienne est évaluée à 130 milliards $ US ; elle soutient 2,4 millions d’emplois et contribue au PIB à hauteur de 4,4%. L’IATA propose aux gouvernements d’Afrique et du Moyen-Orient plusieurs options. Entre autres :

  • Soutien financier direct aux transporteurs de passagers et de fret pour compenser la réduction des recettes et des liquidités résultant des restrictions de voyage imposées en raison de la COVID-19.
  • Prêts, garanties de prêt et soutien au marché obligataire privé fournis par les gouvernements ou les banques centrales. Le marché obligataire privé est une source essentielle de financement, mais l’admissibilité des obligations de société au soutien des banques centrales doit être étendue et garantie par les gouvernements pour permettre l’accès par une plus large gamme de compagnies.
  • Allègements fiscaux : réductions de taxes sur la masse salariale payées jusqu’à ce jour en 2020 et prolongation des délais de paiement pour ce qui reste de l’année, et congé temporaire de versement des taxes sur les billets et d’autres prélèvements gouvernementaux.

« Plusieurs gouvernements d’Afrique et du Moyen-Orient ont déjà promis une aide nationale liée à la COVID-19, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn, l’Égypte, le Nigéria et Maurice. Nous demandons qu’on s’occupe d’urgence des compagnies aériennes, qui sont essentielles à toutes les économies modernes. Cela les gardera en vie et fera en sorte que le personnel de ces compagnies et tous ceux qui travaillent dans des secteurs connexes conserveront leurs emplois au terme de la crise. Cela permettra aussi aux chaînes d’approvisionnement mondiales de continuer à fonctionner et à fournir la connectivité dont auront besoin le tourisme et le commerce pour contribuer à un rapide redressement de la croissance économique », a déclaré Muhammad Al Bakri, vice-président régional de l’IATA pour l’Afrique et le Moyen-Orient.

AFRIQUE : depuis la fin de janvier, des milliers de vols de passagers ont été annulés en Afrique. Cette situation devrait s’accentuer de façon exponentielle avec la mise en œuvre de mesures additionnelles dans différents pays.  Les réservations internationales pour mars et avril en Afrique sont en baisse d’environ 20%, tandis que les réservations intérieures ont chuté d’environ 15% pour mars et 25% pour avril, selon les plus récentes données. Les compagnies aériennes d’Afrique ont perdu 4,4 milliards $ US en recettes au 11 mars 2020. Les remboursements de billets ont augmenté de 75% en 2020, comparativement à la même période en 2019 (du 1er février au 11 mars).

  • Afrique du Sud : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 6 millions de passagers et un manque à gagner de 1,2 milliard $ US en Afrique du Sud. Ces perturbations pourraient aussi mettre à risque plus de 102 000 emplois au pays.
  • Kenya : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 622 000 passagers et un manque à gagner de 125 millions $ US au Kenya, en plus de mettre à risque plus de 36 800 emplois. Si la situation s’aggrave, les pertes pourraient s’élever à 1,6 million de passagers et 320 millions $ US de recettes.
  • Éthiopie : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 479 000 passagers et de un manque à gagner 79 millions $ US en Éthiopie, et mettre à risque plus de 98 400 emplois. Si la situation s’aggrave, les pertes pourraient s’élever à 1,2 million de passagers et 202 millions $ US de recettes.
  • Nigéria : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 853 000 passagers et un manque à gagner de 170 millions $ US au Nigéria. Ces perturbations pourraient mettre à risque plus de 22 200 emplois au pays. Si la situation s’aggrave, les pertes pourraient s’élever à environ 2,2 millions de passagers et 434 millions $ US de recettes.
  • Rwanda : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 79 000 passagers et un manque à gagner de 20,4 millions $ US au Rwanda. Ces perturbations pourraient mettre à risque environ 3000 emplois au pays. Si la situation s’aggrave, les pertes pourraient s’élever à environ 201 000 passagers et 52 millions $ US de recettes.
©Ethiopian Airlines

MOYEN-ORIENT : depuis la fin de janvier, 16 000 vols de passagers ont été annulés au Moyen-Orient. On s’attend à ce que ce nombre augmente de façon exponentielle en raison des mesures additionnelles mises en place dans différents pays. À ce jour, les réservations internationales pour mars et avril au Moyen-Orient sont en baisse de 40% par rapport à l’année précédente, et de 30% pour mai et juin. Les réservations intérieures sont en baisse d’environ 20% pour mars et avril et de 40% pour mai et juin, selon les dernières données. Les compagnies aériennes du Moyen-Orient avaient perdu des recettes de 7,2 milliards $ US au 11 mars 2020. Les remboursements de billets ont augmenté de 75% en 2020, par rapport à la même période en 2019 (1er février au 11 mars).

  • Bahreïn : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 1,1 million de passagers et un manque à gagner de 204 millions $ US à Bahreïn, et mettre à risque environ 5100 emplois.
  • Koweït : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 2,9 millions de passagers et un manque à gagner de 547 millions $ US au Koweït. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque plus de 19 800 emplois au pays.
  • Oman : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 2 millions de passagers et un manque à gagner de 328 millions $ US. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque environ 36 700 emplois au pays.
  • Qatar : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 2,3 millions de passagers et un manque à gagner de 746 millions $ US au Qatar. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque environ 33 200 emplois au pays.
  • Arabie saoudite : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 15,7 millions de passagers et un manque à gagner de 3,1 milliards $ US en Arabie saoudite. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque plus de 140 300 emplois au pays.
  • Émirats arabes unis : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 13,6 millions de passagers et un manque à gagner de 2,8 milliards $ US aux Émirats arabes unis. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque plus de 163 000 emplois au pays.
  • Liban : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 1,9 million de passagers et un manque à gagner de 365 millions $ US au Liban. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque environ 51 700 emplois au pays.
  • Jordanie : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 645 000 passagers et un manque à gagner de 118,5 millions $ US en Jordanie. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque au moins 6100 emplois au pays. Si la situation s’aggrave, les pertes pourraient atteindre 1,6 million de passagers et 302,8 millions $ US de recettes.
  • Égypte : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 6,3 millions de passagers et un manque à gagner de 1 milliard $ US en Égypte. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque environ 138 000 emplois au pays.
  • Maroc : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 4,9 millions de passagers et un manque à gagner de 728 millions $ US au Maroc. Les perturbations du trafic aérien pourraient mettre à risque plus de 225 000 emplois au pays.
  • Tunisie : selon le scénario de « propagation étendue » que nous avons publié le 5 mars, les perturbations attribuables à la COVID-19 pourraient entraîner des pertes de 2,2 millions de passagers et un manque à gagner de 297 millions $ US en Tunisie.

Source : air-journal.fr

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