Pour cet analyste, l’intelligence économique sénégalaise devra davantage se pencher et surtout surveiller les tendances lourdes de la nouvelle industrie pétrolière et gazière au pays de la Teranga. Sans oublier de faire de la veille stratégique sur des secteurs porteurs et vitaux comme l’agro-industrie et les services notamment l’économie numérique qui tire énormément la croissance du pays.

 La Rédaction : Vu du Sénégal, quelles devraient être les priorités de l’Intelligence économique entre 2020 et 2025 ?

Mamadou Lamine Diatta : Il faut rappeler d’emblée que le Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Macky SALL, a engagé depuis 2012 une politique mûrement réfléchie de transformation structurelle de l’économie sénégalaise. A ce titre, l’Intelligence économique est considérée, à juste raison, comme une opportunité pour poser les jalons qui permettront d’accompagner ce processus.

Le contexte géopolitique actuel du Sénégal est particulier. Le pays a besoin, de toute urgence, d’une stratégie particulière pour réussir la grande aventure de l’exploitation pétrolière et gazière qui commence précisément en 2021. Les premiers barils de pétrole devraient être disponibles fin 2021. Cette nouvelle donne va propulser le Sénégal dans le cercle restreint des pays producteurs de pétrole et de gaz.

 Dans cette optique, l’une des priorités du pays sera aussi de se doter d’une véritable stratégie d’IE pour promouvoir notamment la Due Diligence afin de protéger le pays d’éventuels prédateurs ou de partenaires peu recommandables comme cela a pu être constaté dans des pays africains durement frappés par ce qu’on appelle la malédiction du pétrole. L’une des priorités sera donc d’assurer une bonne veille et une surveillance accrue pour que la nouvelle industrie pétrolière et gazière n’ait pas un impact négatif sur le pays. Il faut donc une bonne gestion des risques pétroliers et gaziers. Les réserves de pétrole découvertes ces dernières années au Sénégal sont estimées à trois milliards de barils et environ 450 milliards de mètres cubes pour ce qui concerne le gaz.

L’exploitation imminente de ces nouvelles ressources naturelles aura fondamentalement un impact sur l’économie nationale. D’un pays essentiellement agricole avec une baisse drastique de la manne arachidière, le Sénégal va être subitement propulsé dans le cercle restreint des producteurs mondiaux de pétrole et de gaz.

L’intelligence économique sénégalaise devra davantage se pencher et surtout surveiller les tendances lourdes de la nouvelle industrie pétrolière et gazière. Sans oublier de faire de la veille stratégique sur des secteurs porteurs et vitaux comme l’agro-industrie et les services notamment l’économie numérique qui tire énormément la croissance du pays.

Quelles sont les premières mesures concrètes à prendre pour traiter efficacement ces priorités ?

 En vérité, du fait de la transversalité de l’intelligence économique et sa dimension hautement stratégique, le Président de la République, Son Excellence Monsieur Macky SALL, lui-même, dans sa volonté de rupture, devrait prendre l’initiative de la création d’une Délégation interministérielle à l’intelligence économique qui serait logée au Secrétariat Général de la République actuellement géré par son ancien Premier Ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne. Ce serait un signal fort des pouvoirs publics pour porter le leadership et baliser ainsi le chemin au secteur privé, moteur par excellence de la croissance.

Autres acteurs de premier plan identifiés : les entreprises privées sénégalaises exportatrices de produits de tous genres. Ces structures travaillent à gagner des parts de marchés et à se défendre vis-à-vis de la très forte concurrence. Par conséquent, elles doivent maîtriser l’IE dans ce monde globalisé. Elles doivent disposer de l’information stratégique pour aller convenablement à l’assaut du marché.

Une prise de conscience de l’importance de l’intelligence économique est très importante d’autant que le marché communautaire de la CEDEAO avec 15 Etats d’Afrique de l’ouest compte, pas moins de 300 millions de consommateurs. Il faudrait aussi veiller à doter les PME sénégalaises de dispositifs efficaces d’Intelligence économique surtout que l’essentiel du tissu économique est constitué de micro-entreprises.

Le Bureau national de mise à niveau (BMN) fait à mon avis de l’intelligence économique sans le dire en appuyant les PME par le biais de financement et d’un accompagnement sans faille. Mais cette stratégie est insuffisante car les PME, elles même, devraient être initiées à l’IE pour en avoir la culture et avoir par ricochet une meilleure réactivité par rapport aux aléas du marché.

Quel rôle le CAVIE devrait-il jouer dans cette équation aux niveaux national et international ?

 Le CAVIE devrait veiller à outiller les cadres sénégalais afin d’asseoir une culture de l’Intelligence économique dans le pays. Il est aussi attendu du CAVIE une collaboration étroite et dynamique avec l’Institut national du pétrole et du gaz (INPG) dans le cadre de la stratégie de capacitation des jeunes cadres sénégalais. Le Sénégal ne s’en sortira que si ses entreprises s’engagent dans un processus de développement de leurs forces motrices, lesquelles se déplacent vers la maîtrise de l’information qui pourrait participer au succès d’une innovation. L’intégration d’un système d’intelligence économique en leur sein permettra de s’assurer de l’existence d’un marché pour la future innovation dans le contexte de la mondialisation qui requiert la mise en place d’un système d’information efficace pour bien connaître les contraintes actuelles de l’environnement mondial.

La certification des cadres africains est un excellent levier pour accompagner les entreprises et les institutions africaines dans leur démarche de mise à niveau portant sur la mise en place d’une stratégie globale d’intelligence ;

Le CAVIE devrait renforcer sa collaboration avec les autorités sénégalaises pour la mise en place effective d’un dispositif défense-attaque-influence devant permettre au pays de faire de la veille et de la surveillance active afin de faire face aux éventuelles intrusions des multinationales étrangères dans le dispositif national.

Le CAVIE est invité à accompagner le Sénégal qui a décidé d’adopter un nouveau modèle de développement pour accélérer sa marche vers l’émergence. Cette stratégie, dénommée Plan Sénégal Émergent (PSE), constitue le référentiel de la politique économique et sociale sur le moyen et le long terme.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans la version papier d’Africa Diligence, N°0004 de Novembre 2019

Mamadou Lamine Diatta est spécialiste en Communication institutionnelle. Journaliste à la base, il a été formé par le prestigieux Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI) de Dakar et la Howard University de Washington. Il a été certifié VIMA III par le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) au siège du patronat camerounais à Douala. Depuis, il est l’un des plus importants animateur de CAVIE Sénégal.

 

Source : africadiligence.com

Mots clés : Afrique, Actualités, Economie, Mamadou Lamine Diatta, Sénégal, Intelligence économique, Pétrole