La 10e vente aux enchères organisée par la maison Piasa autour de l’art contemporain africain a atteint 1,43 million d’euros. Un record.

 

C’est la fête cette semaine pour l’art contemporain à Paris. À la veille de la tenue de la 4e édition de la foire AKAA (Also Known As Africa) ce week-end au Carré du Temple, dans le 4e arrondissement, la maison Piasa a organisé le 7 novembre une vente aux enchères d’œuvres d’art contemporain africain. Et le résultat a été au-delà de toutes les espérances. Et pour preuve, le montant global des enchères s’est élevé à 1,43 million frais inclus, soit le double de son estimation haute. Il faut rappeler que six mois auparavant, la maison Piasa avait déjà atteint un montant de 1,3 million d’euros, toujours autour du thème de l’Afrique. Alors que les enchères se sont à la fois déroulées sur place, par téléphone, Internet mais aussi en tenant compte des ordres d’achat déposés avant la vente, quelque 125 lots présentés ont trouvé preneurs sur les 140 présentés. C’est dire. Et ô belle surprise, certains artistes ont littéralement explosé leur cote estimée. Ainsi du jeune peintre camerounais Marc Padeu, de l’Ougandais Joseph Ntensibe ou encore de l’Angolais Cristiano Mangovo Bras…

Des envolées

Du haut de sa trentaine, Marc Padeu a séduit avec ses grandes toiles intitulées The King is Dead et Voici l’homme !, qui sont parties à 195 000 euros chacune alors qu’elles étaient estimées entre 5 000 et 8 000 euros. Au point où des observateurs du marché se sont dit qu’une erreur s’était glissée avec un zéro de plus. Mais non, pas d’erreur. Visiblement le travail de l’artiste qui réinterprète l’iconographie chrétienne et l’esthétique de la Renaissance a suscité un très vif intérêt. En revanche, en atteignant de tels prix, si vite pour un jeune artiste, la suite risque d’être plus compliquée, s’interrogent certains galeristes.

Seconde surprise, le Tropical garden 2 de l’Ougandais Joseph Ntensibe, estimé à 10 000 euros s’est envolé à 156 000 euros, 15 fois l’estimation. Dans ce tableau réalisé en 2019, le peintre nous emmène dans une nature rêvée, mêlant figuration et abstraction, une sorte d’éden ou les ibis s’envolent dans une végétation aux couleurs oniriques. Parmi les autres très belles ventes, une grande aquarelle de l’artiste camerounais Barthélémy Toguo, réalisée en 2006, a été adjugée à 62 400 euros ainsi que la toile Amours contemporains de l’Angolais Cristiano Mangovo Bras, qui est partie à 65 000 euros. Les peintres kényans Michael Musyoka et Peter Ngugi ont aussi pratiquement doublé leur estimation haute. Enfin du côté de la photographie, The Outsider Inside, la seule photo de l’Éthiopienne Aida Muluneh, s’est envolée à 14 300 euros.

Les Camerounais ont la cote

Si Chéri Samba, représentant de l’art populaire en République démocratique du Congo, avait tiré les ventes et remportait les plus beaux succès ces dernières années, le marché semble s’élargir. Les deux peintures de l’artiste congolais vendues lors de cette enchère sont restées dans leurs estimations (35 100 euros et 65 000 euros). Cette fois-ci, ce sont les peintres camerounais qui ont remporté de beaux succès, notamment Marc Padeu, Barthélémy Toguo, mais aussi William Tagne Njepel Twilliam, avec Africa Today, à 23 500 euros pour une estimation entre 3 500 et 5 500.

Un marché qui s’élargit

Pour organiser cette vente, Christophe Person n’hésite pas à multiplier les sources – collectionneurs, galeristes, réseaux locaux. Cela se ressent dans la grande diversité des artistes présentés offrant un large panorama de la création africaine contemporaine, avec aussi une gamme de prix étendue. Très prochainement, un partenariat devrait même voir le jour avec une maison aux enchères sud-africaine.

Longtemps, le marché de l’art contemporain africain s’est réduit à quelques acheteurs bien connus. Les lignes bougent. Les foires et les événements se multiplient depuis 1:54 à Londres en 2013, AKAA à Paris en 2016. La Biennale de Venise donne aussi sa place aux pavillons des pays africains. D’une vingtaine d’acheteurs sur les premières ventes réalisées en 2016, Piasa peut maintenant compter sur une bonne soixantaine. Ils sont principalement français, suisses, européens ou nord-américains. Les collectionneurs africains restent une exception.

« Bien qu’il ne représente que 0,1 % des enchères mondiales d’art, ce marché progresse dans les capitales européennes. Il offre donc de bonnes opportunités aux collectionneurs. Il y a aujourd’hui de plus en plus d’acheteurs africains : Sud-Africains, Marocains, Nigérians. Mais ce marché ne pourra pas émerger sans un réel engagement des États africains. Ils doivent encourager la création de foires, de salon, subventionner des événements artistiques, médiatiser et valoriser leurs artistes », affirmait le critique d’art Babacar Mbaye Diop dans une tribune dans Le Monde.

 

Source : lepoint.fr

Mots clés : Afrique, Actualités, Economie, Art contemporain