Près de 200 maires du monde entier sont réunis jusqu’au mercredi 9 octobre pour la 5e édition du Pacte de Milan consacrée à l’alimentation urbaine durable.

Une étude de l’Agence française de développement jette une lumière inédite sur cet enjeu majeur du XXIe siècle.

 

Comment assurer la sécurité alimentaire des grandes villes des pays du Sud alors qu’elles ne cessent de croître sous la pression démographique, que le changement climatique s’intensifie et que la concurrence internationale sur les marchés de l’agroalimentaire n’a jamais été aussi forte ?

En 2015, sept ans après les « émeutes de la faim » qui avaient embrasé plusieurs grandes villes du monde à la suite de la flambée des prix des denrées, une centaine de maires signaient le Pacte dit « de Milan » pour promouvoir les politiques publiques capables de relever ce défi d’une alimentation urbaine durable.

La révolution des supermarchés n’a pas encore eu lieu

Jusqu’au mercredi 9 octobre, 200 élus sont de nouveau réunis à Montpellier pour la 5e édition de ce Pacte de Milan, occasion de faire le bilan des actions engagées, de partager les bonnes pratiques et, peut-être aussi, de réviser un certain nombre d’idées reçues sur cet enjeu majeur du XXIe siècle.

C’est ce à quoi se sont attachées Gaëlle Balineau et Nicole Madariaga, deux économistes de l’Agence française de développement (AFD) en se penchant sur le « contexte alimentaire » de trois villes : Rabat, au Maroc ; Niamey, au Niger et Abidjan, en Côte d’Ivoire.

« Le premier constat que nous faisons est que la révolution des supermarchés n’a pas encore eu lieu en Afrique de l’Ouest et que ce modèle, prédominant dans les pays du nord, reste limité dans les pays étudiés, alors qu’il commence à se développer dans les quartiers huppés, notamment en Asie et, dans une moindre mesure, en Afrique de l’Est », note Nicole Madariaga.

Une agriculture urbaine à préserver

Dans les trois villes étudiées, le marché traditionnel reste le lieu privilégié où viennent s’approvisionner les habitants les plus pauvres, mais aussi les classes moyennes. À la fois pour des raisons de coût – le prix des produits proposés est moins élevé – mais aussi parce que cette structure paraît encore la mieux adaptée à un tissu urbain distendu, où les infrastructures de transport et les équipements spécialisés sont peu développés.

« L’autre élément déterminant est l’importance de la production locale : en Afrique, 22 millions d’habitants consomment des aliments produits par l’agriculture urbaine et périurbaine, en particulier des produits très périssables. Maintenir ces activités est un défi fort pour les autorités locales face à la pression croissante qui s’exerce sur le foncier urbain », poursuit la chercheuse.

Le troisième enseignement de cette étude est qu’en Afrique de l’Ouest au moins, l’économie alimentaire reste, de loin, le premier pourvoyeur d’emploi – occupant 66 % de la population active. Une tendance qui persistera au cours des prochaines années.

Un marché à 1 000 milliards de dollars

« Ce marché avoisinera les 1 000 milliards de dollars d’ici à 2030, ce qui représente une formidable opportunité pour la création d’emplois aux différents stades de la filière, de la production à la transformation en passant par le transport et le marketing », souligne encore Nicole Madariaga.

En Afrique, les pouvoirs publics, l’État et les collectivités territoriales commencent à prendre conscience de l’enjeu, à la fois en termes de sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, mais aussi de développement économique.

Reste maintenant à multiplier, sur le terrain, les projets qui permettront de reconnecter le rural et l’urbain pour nourrir les 760 millions de citadins que comptera le continent en 2030.

 

Source : la-croix.com

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