Abidjan, la capitale économique ivoirienne, va abriter le 16 octobre prochain, une importante conférence sur l’e-santé organisée par la société française InnovHealth, spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée aux données de santé.

Le choix de la Côte d’Ivoire comme pays d’accueil pour le lancement du Passeport numérique de santé, PassCare, n’est pas fortuit. Ce pays de 23 millions d’habitants a un système de santé certainement les mieux aboutis de la région. Cependant beaucoup reste à faire pour garantir à chaque citoyen une couverture sanitaire de qualité afin d’atteindre les Objectifs du Développement Durable (ODD) comme le montrent les chiffres.

L’espérance de vie à la naissance en Côte d’Ivoire est de 57 ans et le taux de mortalité est de près de 10 décès pour 1 000 habitants. Le paludisme représente, à lui seul, 68 % des causes d’hospitalisation et 28 % des causes de mortalité loin devant le VIH Sida. Selon ONUSIDA, 460 000 personnes vivaient avec le VIH et 16 000 d’entre elles en étaient mortes en 2018. L’incidence du VIH, c’est-à-dire le nombre de nouvelles infections parmi une population au cours d’une période donnée, était de 0,7 %, toutes tranches d’âge confondues. Quant à la prévalence du VIH, c’est-à-dire le pourcentage de personnes vivant avec la maladie, elle était de 2,6 % chez les adultes (entre 15 et 49 ans).

Le taux d’accouchements assistés par du personnel qualifié a progressé de 47 % en 1998 à 57 % en 2008, mais reste faible et inégalement réparti sur l’ensemble du territoire. Le taux de mortalité infanto-juvénile se situerait autour de 125 ‰ tandis que la mortalité néonatale représenterait 35 % de la mortalité infanto-juvénile.

Dans ce contexte, l’objectif visé par les autorités ivoiriennes, est de faire de la Couverture maladie universelle (CMU), l’assurance de base de chaque citoyen de sorte que chaque Ivoirien puisse recevoir les services de qualité dont il a besoin sans éprouver de difficultés financières. Mais, le pari est loin d’être gagné, car, la CMU peine à se mettre en place en dépit des efforts du gouvernement à renforcer le système de santé en matière d’infrastructures, de ressources humaines, d’équipements, de médicaments (…)

“Les outils numériques sont

un levier pour améliorer et accélérer

l’accès à la santé en Afrique”

A bien des égards, la prouesse technologique de l’entreprise InnovHealth, fondée par le chirurgien urologue français, le Dr Adnan El Bakri, est certainement une réponse aux préoccupations de santé publique en Côte d’Ivoire. Pour ce diplômé major d’un DEA en Big Data et Intelligence artificielle, « les outils numériques sont aujourd’hui un levier pour améliorer et accélérer l’accès à la santé en Afrique. »

Ce PassCare est présenté par son inventeur comme « un passeport de santé numérique universel, utilisable partout dans le monde permettant de récupérer et de classer immédiatement les informations de santé en toute sécurité…Le premier logiciel de santé du citoyen qui prend en compte tous les aspects de santé et non seulement la maladie, et il est complémentaire avec tous les systèmes existants dont le Dossier médical partagé – DMP ».

Quand on sait que les erreurs médicales constituent la troisième cause de décès dans les pays développés, il faut imaginer ce que cette nouveauté technologique pourrait représenter et apporter de positif dans les pays africains où les données médicales sont quasi inexistantes.

«Selon l’OMS, les défauts de communication et de partage de l’information en santé représentent 50 % des erreurs médicales dans le monde. Elle permet de pallier les défaillances médicales », a indiqué le patron de InnovHealth.

« J’ai la volonté d’aider les pays qui ont réellement besoin de progresser sur la phase de la prévention, d’être en capacité d’apporter des soins de qualité pendant la maladie et d’assurer un suivi nécessaire après la maladie. Il est intolérable que de nombreuses pathologies tuent encore un nombre important de personnes chaque jour en Afrique », s’offusque le Dr Adnan El Bakri dans une interview accordée au magazine « Entreprendre » parue au mois de mars dernier.

Au vu de l’expérience française en matière de DMP et du coût exorbitant de l’assurance maladie dans le budget de l’Etat, la solution innovatrice du PassCare paraît moins onéreuse pour les Etats africains. « J’ai pris conscience des limites de notre système : l’absence de base de données collaboratives, l’absence de partage de l’information, le cloisonnement du système…Lorsque vous êtes malade, on vous traite parfaitement à l’instant « t », mais nous avons un mauvais système de santé qui ne permet pas une bonne gestion de l’avant-maladie et de l’après-maladie. »

Le PassCare va générer de nombreuses économies

Pour un pays comme la Côte d’Ivoire qui est en train de mettre en place la CMU, c’est un temps fou de gagner et des économies à faire grâce au passeport de santé numérique.

Le PassCare, plateforme complète de l’e-santé opérationnelle, telle qu’elle est  conçue, va contenir le dossier médical numérique du patient, son carnet de santé numérique, la télémédecine, le paiement des actes de soins via une carte de santé sécurisée, la gestion des alertes pour le suivi du patient, les tableaux de suivi épidémiologique pour le ministère de la Santé, l’interconnexion avec les centres de soins et les professionnels de santé (médecins généralistes, spécialistes, pharmaciens…)

Le Dr Adnan El Bakri et son équipe arrivent en Côte d’Ivoire pour présenter ce concept d’intelligence artificielle collaborative. A terme, la volonté d’InnovHealth est d’implanter, au cours de l’année 2019, une filiale Afrique à Abidjan, et de nouer des partenariats solides avec le secteur public (ministère de la Santé) et le secteur privé (cliniques, assureurs, mutuelles, banques, fédérations locales…)

« Nous avons pour mission de permettre aux citoyens de pouvoir gérer leur santé, de disposer des informations les concernant, et d’avoir la main sur leurs parcours partout dans le monde. Il est question de permettre un accès intelligent à la santé, basé sur leurs informations et leurs profils afin d’être mieux suivis et mieux soignés, sans générer des dépenses colossales en matière de santé publique comme c’est le cas actuellement en France », observe-t-il.

Et l’enjeu majeur dans tout cela est de « préparer la médecine de demain qui sera préventive, personnalisée et participative. La Blockchain santé a pour vocation de distribuer l’information et de sécuriser les échanges. »

Au programme, quatre table-rondes mettront en perspective les grands enjeux liés à la e-santé en Côte d’Ivoire au travers de quatre grands thèmes animés par des experts nationaux et internationaux le mercredi 16 octobre 2019 à l’hôtel Pullman d’Abidjan. La conférence devrait enregistrer la présence et la participation des spécialistes du corps médical, des étudiants, des médias, du grand public et très certainement, les parrains du PassCare que sont le comédien franco-américain Christophe Lambert et la présidente d’honneur d’Areva, Anne Lauvergon. Bien entendu, les autorités ivoiriennes seront aux premiers rangs de ces rencontres. Le ministre ivoirien de la Santé et de l’Hygiène, le Dr Eugène Aka Ouélé, interviendra sur « l’état du secteur de santé en Côte d’Ivoire. »

Après l’étape de la Côte d’Ivoire, le Dr Adnan El Bakri compte bien exporter sa solution révolutionnaire du passeport de santé numérique, le PassCare, au reste du continent. Abidjan n’est que la première phase de son déploiement.

 

Source : lafriqueaujourdhui.net

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