À la tête d’une startup malgache produisant des kits solaires et des objets connectés, Yann Kasay* livre son sentiment sur l’importance de la création de valeur locale dans le domaine technologique.

 

Le développement d’une industrie innovante pour créer des emplois qualifiés et permettre la commercialisation de produits locaux à la pointe de la technologie ; c’est l’objectif nouvellement évoqué par beaucoup de dirigeants africains. Produite sur place, et donc adaptée aux exigences de l’environnement local, elle subviendrait aux besoins des ménages tout en renforçant le tissu économique de l’Afrique. Si les pays du continent s’accordent sur la vision, ils sont encore loin de produire ce qu’ils consomment. Des initiatives novatrices naissent, mais continuent dans la plupart des cas d’importer des concepts ou des produits de l’extérieur.

Aller au-delà de la prise de conscience

Le continent peine à créer des solutions locales innovantes et développer son tissu industriel, car il doit faire face à un manque de compétences techniques de taille. Investissement solide pour l’économie aux niveaux national et régional, l’enseignement des Sciences en Afrique ne représente pourtant que 25 % des diplômés. La désertion des formations techniques n’est pas sans conséquence, limitant la création d’emplois techniques qualifiés. Face à cette réalité, les meilleurs techniciens africains migrent vers les grandes places industrielles ou technologiques mondiales. Il en résulte un manque de dynamisme du secteur de l’ingénierie et de l’innovation nécessaire au développement du tissu industriel du continent.

Ainsi, le concept de production technologique « made in Africa » a longtemps été jugé irréalisable. Pourtant, ces dernières années, plusieurs entrepreneurs africains ont signé leurs premiers succès en produisant localement voitures, drones, smartphones ou même des ordinateurs solaires. La prise de conscience de la faisabilité de l’industrie « made in Africa » doit désormais s’accompagner d’un appui des instances compétentes et du soutien de la société civile pour voir apparaitre une industrie de premier plan. Au-delà de la création d’emplois qualifiés et de compétences, l’enjeu majeur est la création d’un écosystème industriel innovant de rayonnement continental puis mondial pour représenter un nouvel atout pour le développement économique de l’Afrique.

L’Afrique doit devenir un monstre industriel

Les principales difficultés rencontrées par ces entrepreneurs résident dans l’absence de formation technique et de communication autour du secteur de l’industrie locale. Cela les oblige à remplir une triple mission astreignante, mais nécessaire à la réalisation de leur projet : produire malgré le manque d’infrastructures, former en interne et sensibiliser les ménages ainsi que les différentes instances à la consommation de produits locaux.

La possibilité d’innover sur place représente une opportunité unique de réveiller un continent dépendant des importations et de le transformer en monstre dynamique produisant ce qu’il consomme. L’émergence d’un sentiment de fierté africaine et la communication autour de projets « made in Africa » sont nécessaires. Cette absence d’infrastructures doit être vue comme une opportunité pour des jeunes issus du continent de créer des solutions inédites adaptées aux contraintes locales. Plus flexible que les grands groupes, ce sont eux qui permettront demain la création de champions africains posant les bases du développement industriel du continent. Pour aider cette jeunesse à accomplir cette vision, trois tâches : inspirer, former et encourager.

 

Source : lepoint.fr

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