Alors que les défis se multiplient pour l’Afrique, la question de l’entreprise, créatrice de richesses, de valeurs et d’emplois, mérite une analyse des plus fines.

 

Pour comprendre la nature des modèles économiques d’aujourd’hui, BearingPoint a bâti avec OpenMatters, société d’intelligence artificielle qui a étudié pendant les cinq dernières années la relation entre modèle économique et performance économique, en partenariat avec le Centre d’études avancées en management (SEI) de la Wharton School et la Harvard Business Review Press. L’étude a porté sur les données des 3 500 premières capitalisations boursières en Europe et aux États-Unis sur la période 2010–2017 [1].

De nouveaux modèles d’entreprises ont émergé avec le digital…

Alors que les entreprises traditionnelles sont des producteurs/détenteurs d’actifs ou des fournisseurs de service, l’ère du digital a fait émerger les nouveaux modèles tels que les créateurs de technologie et les opérateurs de plateforme. Ces derniers semblent offrir un retour sur investissement nettement supérieur aux modèles traditionnels.

Les créateurs de technologie et les opérateurs de plateforme ont placé au cœur de leur approche une plateforme digitale qui sert de place de marché à la fois pour leurs services mais aussi pour ceux de leurs partenaires. Ils ont abandonné la chaîne de valeur traditionnelle, fixe et linéaire de la distribution de « produits » au profit d’une chaîne de valeur multidimensionnelle et multisectorielle orientée client. Ils jouent quatre rôles principaux, interchangeables très rapidement : producteur, propriétaire, fournisseur et consommateur.

La combinaison de différents modèles économiques permet aux entreprises traditionnelles d’accélérer leur croissance et la création de valeur. Les producteurs et détenteurs d’actifs (modèle économique le plus répandu) qui ont réussi à diversifier leur portefeuille de modèle économique ont multiplié presque par 2 leur croissance et leur valorisation.

Le changement de modèle économique ne nécessite pas forcément une transformation radicale. Il est possible d’opter pour une trajectoire évolutive et incrémentale une particulièrement pour les produits et services existants. L’enjeu est de tracer ce sillon en maîtrisant les technologies digitales, mais cela ne se fera pas du jour au lendemain.

… et des changements majeurs ont été observés sur le terrain

Sur le plan opérationnel, parmi les barrières à l’évolution vers l’économie de plateforme, figurent l’inadéquation de la proposition de valeur aux besoins des clients, la difficulté à monétiser les services externes à l’entreprise, un manque d’ouverture du système d’information, un manque de compétences et une gouvernance pas toujours adaptée.

L’Afrique est pleinement concernée aujourd’hui par cette transformation. Le secteur des services financiers est ainsi un des premiers à de transformer autour des modèles hybrides : le paiement mobile est un exemple de cette « plateformisation de l’économie ». Les services digitaux des banques vont dans le même sens.

Le manque d’intégration et la fragmentation des chaînes de valeur des différentes verticales industrielles en Afrique créent de facto le besoin de solutions et services couvrant un maximum de maillons de la chaîne, et apportant des réponses concrètes aux problématiques du continent : manque d’infrastructures, faible connectivité, marché informel, multiplication d’intermédiaires, maîtrise de la chaîne d’approvisionnement, etc.

L’hybridation des modèles économiques en Afrique s’inscrit vraisemblablement dans un schéma plus global d’adjonction d’opérateurs et d’entreprises d’une chaîne de valeur globale. À ce titre, les start-up africaines, catalysées par l’émergence de nombreux écosystèmes d’innovation (notamment en Afrique anglophone avec l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigeria), émergent par l’apport de solutions aux problématiques qui minent l’intégration, l’efficience et la rentabilité de ces chaînes de valeurs. À travers des modèles économiques innovants mais surtout nativement hybrides, ces nouvelles entreprises apportent des réponses concrètes à l’économie, mais jouent également un rôle de développement socio-économique au profit des populations sur différents volets : accès à l’énergie, accès aux infrastructures de transport, monétisation des produits et services locaux, etc.

 

Source : lepoint.fr

Mots clés : Afrique, Actualités, Economie, Hybridation, Digital