Un rapport publié par l’organisation non gouvernementale britannique War on Want en 2016, et qui revient dans l’actualité du plaidoyer public contre les injustices, met en évidence le fait qu’une centaine de sociétés minières cotées sur la London Stock Exchange contribuent fortement à l’appauvrissement de l’Afrique, faisant de la Grande-Bretagne un des acteurs majeurs du néocolonialisme en Afrique.

L’étude reconnait que les capitaux entrant en Afrique et en provenance de Grande-Bretagne ont atteint les 134 millions $, chaque année. Cet argent prend la forme d’investissements directs étrangers, indirects via des fonds d’investissement, mais aussi des prêts du gouvernement britannique.

Toutefois, ces flux de capitaux sont à comparer avec ce que le continent noir paye et qui est estimé à 192 millions $ soit une facture nette de 58 millions $ pour l’Afrique. Une part considérable des sommes perdues par l’Afrique sortirait par des rapatriements de bénéfices, des paiements d’intérêts sur les prêts, mais aussi une érosion de la base imposable.

War on Want pointe du doigt, en première ligne, les autorités britanniques qui, selon ses analystes, poussent les gouvernements des pays africains à avoir une fiscalité assouplie qui puisse profiter à leurs entreprises tout en leur donnant la mainmise sur les ressources énergétiques et minières de la région.

Le procédé est assez complexe. Les entreprises minières britanniques appuyées par la diplomatie économique de la couronne négocient ou bénéficient de régimes fiscaux avantageux. Par la suite, elles travaillent à réduire significativement la base imposable. Et lorsque les questions relatives aux passifs environnementaux ne sont pas bien négociées, c’est encore les Etats africains, c’est-à-dire leurs contribuables, qui paient la note.

L’Agence Ecofin a plus récemment soulevé le poids remarquable de la bourse de Londres, comme place financière majeure pour l’Afrique. Il en ressort que cela a permis de mobiliser des ressources nécessaires pour déclencher des processus d’investissement dans la région. Mais le revers de la médaille, c’est que près de 101 entreprises qui y sont cotées contrôlent désormais des richesses énergétiques et minières de 37 pays africains, d’une valeur estimée à 1000 milliards $.

La Grande-Bretagne a dernièrement annoncé son intention d’engager 47 millions $ pour aider les pays africains à lutter contre les flux financiers illicites. La ressource devrait permettre de renforcer les administrations fiscales de ces pays. Mais des organisations comme Tax Justice Network pensent qu’il serait important, au-delà de ce renforcement, de pousser pour l’adoption au niveau international, de règles favorables à une meilleure justice fiscale, notamment pour les pays à faibles revenus.

Idriss Linge

 

Source : agenceecofin.com

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