Au moment même où est nommé l’Américain David Malpass, le nouveau président de la Banque mondiale, l’institution publiait son nouveau rapport sur l’état de l’économie de la région. Et les résultats sont très mitigés. La croissance de la zone a récemment été freinée, principalement par la faible performance des trois plus grandes économies de l’Afrique subsaharienne soit l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Angola, qui représentent près de 60 % de sa production économique globale. Mais l’autre motif à cette stagnation est bien évidemment la guerre commerciale entre la Chine et les États-unis. Cependant rien n’est perdu, puisqu’une reprise dans les secteurs agricole et minier devrait stimuler la production de la région au cours des deux prochaines années, avance la Banque mondiale. L’institution prévoit même un retour de la croissance à 3,3 % d’ici 2020. « Trois ans après la crise, nous devrions observer une reprise plus généralisée. Or, nous avons dû revoir à nouveau nos estimations à la baisse pour 2018 », indique d’emblée Gerard Kambou, économiste senior à la Banque mondiale pour l’Afrique.

Une croissance qui stagne

« La croissance globale plus lente que prévu reflète l’incertitude globale persistante, mais provient de plus en plus de l’instabilité macroéconomique nationale, notamment d’une dette mal gérée, d’une inflation et de déficits », poursuit la banque dans ce rapport Africa’s Pulse publié lundi 8 avril. Le rapport souligne le rôle clé que jouent les trois plus grandes économies du continent, le Nigeria, l’Angola et l’Afrique du Sud, dans le dynamisme économique de la région. « Cette révision à la baisse reflète le ralentissement de la croissance au Nigeria et en Angola, due aux défis du secteur pétrolier, et à la croissance modérée de l’investissement en Afrique du Sud, en raison de la faible confiance des entreprises » peut-on encore lire, alors que vont s’ouvrir les assemblées et les réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international à New York.

L’économie nigériane a connu une croissance d’environ 1,9 % en 2018, contre 0,8 % l’année précédente, a précisé la Banque mondiale, reflétant une reprise modeste dans le secteur non pétrolier. En effet, le Nigeria et l’Angola ont tous deux vu leur production de pétrole diminuer en 2018 – une ressource qui représente environ la moitié des recettes de l’État pour leurs économies respectives. Parallèlement, la reprise de l’Afrique du Sud après la récession a été limitée par le faible niveau des investissements. En cause ? Une baisse de la confiance des entreprises toujours en raison de l’incertitude politique qui pèse sur le pays.

En revanche, les réformes engagées dans les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale commencent à porter leurs fruits, même si les efforts semblent marquer le pas dans certains cas.

Certains pays sont parvenus a tirer leur épingle du jeu durant cette période, il s’agit surtout des économies qui ne dépendent pas de produits de base tels que le Rwanda, l’Ouganda, le Kenya, le Bénin et la Côte d’Ivoire, ils ont affiché de solides performances en 2018. » Mais la Banque mondiale a fait ses calculs : l’atonie de la croissance dans un petit nombre de pays fragiles prive le continent de plus d’un demi-point de pourcentage par an, constate le rapport, l’équivalent de 2,6 points de pourcentage en cinq ans.

Attention à la dette

Et le rapport de pointer deux facteurs qui continuent de freiner la croissance dans la région : la dette et la fragilité. En effet, les taux d’endettement de la région augmentent et le type d’emprunt contracté par les pays les expose à des vulnérabilités. « La dette extérieure est en train de passer de sources de financement traditionnelles, concessionnelles et garanties publiquement à des sources de financement plus privées, basées sur le marché et coûteuses, mettant ainsi les pays en danger », avertissent les analystes. « À la fin de 2018, près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne couverts par le Cadre de viabilité de la dette des pays à faible revenu couraient un risque élevé de surendettement ou d’endettement, soit plus du double du nombre enregistré en 2013. » Gerard Kambou de poursuivre que « Les dirigeants des pays d’Afrique subsaharienne peuvent adopter des politiques intérieures plus volontaristes pour affronter la volatilité de la conjoncture internationale, et ils devraient agir sans tarder. »

Albert Zeufack, l’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, a déclaré que la région pourrait stimuler sa croissance annuelle d’environ deux points de pourcentage si elle exploitait plus efficacement les technologies de l’information. « Cela change la donne pour l’Afrique », a-t-il déclaré. « Nos prévisions de croissance à l’horizon 2020 sont en grande partie dues à la prévision d’une poursuite de la reprise des prix des matières premières et des métaux », déclare César Calderón, auteur principal du rapport Africa’s Pulse de la Banque mondiale. « En Afrique du Sud, nous prévoyons que les réformes structurelles aideront à renforcer la confiance des consommateurs et des entreprises et contribueront à la reprise du secteur manufacturier du pays. »

 

Source : lepoint.fr

Mots clés : Afrique, Actualités, Economie, Afrique subsaharienne, Croissance, Banque mondiale