Les Premiers ministres français et malien, Édouard Philippe et Soumeylou Boubeye Maiga à Bamako le 23 février 2019.
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Accompagné de la ministre des Armées Florence Parly et du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le Premier ministre Édouard Philippe a soufflé le chaud et le froid lors de sa visite au Mali. Il a annoncé que l’Agence française de développement (AFD) « devrait doubler dans les prochaines années » sa contribution, en y mettant toutefois une condition à peine voilée : accélérer l’application de l’accord de paix d’Alger de 2015, qui reste encore aux balbutiements sur plusieurs points.

Mieux s’occuper des zones où sont présents des groupes armés

En fait, 25 % sont achevés selon la Centre Carter. « Des progrès indéniables » ont été accomplis, a dit le Premier ministre français, qui a cité ensuite les domaines en retard comme la décentralisation, le développement des régions du nord et le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR). Tous concernent les zones où sont toujours présents des groupes armés qui remontent en puissance, avec un nombre d’attentats en augmentation, comme l’a stipulé en décembre un rapport de l’ONU. Un frein pour une future armée malienne censée représenter toutes les populations, y compris les Touaregs. La Minusma, la force onusienne, est aussi remise en question et celle du G5 a du mal à se remettre sur pied malgré une timide opération en janvier après six mois d’interruption, à la suite d’un attentat contre son QG. « Mettre en place une coordination, cela peut prendre du temps, a fortiori avec des forces armées de niveau disparate. « Ce n’est pas seulement lié à des problèmes d’argent », a fait remarquer le Premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga.

Une aide importante…

Édouard Philippe prévoit 85 millions d’aide, dont 35 de subventions directes pour assurer la trésorerie de l’État malien, qui s’accompagnent d’un engagement d’achat de coton par le distributeur Carrefour. Pour le chef du gouvernement français, la France et sa force militaire seront « aux côtés du Mali aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le Mali le souhaitera ». Le cœur du sujet qui préoccupe Emmanuel Macron à propos de la mauvaise situation au Sahel qui dure plus que ce qu’il avait envisagé. Dès son arrivée au pouvoir, il a demandé en effet plus de résultats au dispositif Barkhane et un engagement plus fort dans la formation de la force des pays africains du G5. Une idée permettant à Paris de se retirer à terme, sinon diminuer ses effectifs, 4 500 hommes, et donc le coût de la plus grosse opération extérieure française.

… et soulager Barkhane

Un an et demi après, la force du G5, faute de moyens et d’organisation entre chacune des armées, est quasiment au point mort et les groupes armés terroristes, les GAT dans le jargon militaire, sont désormais au Burkina Fasso, 1 000 kilomètres plus au sud de leurs zones traditionnelles du Sahara à cheval sur la frontière algérienne. Personne en fait ne semble pouvoir arrêter ces groupes armés, qui agrègent au nom du djihad et de la charia des populations de plusieurs ethnies, d’une extrême pauvreté et délaissées par le pouvoir central. Aussi, les soldats, les hélicoptères et les Mirages 200 français interviennent-ils désormais en dessous de la boucle du fleuve Niger, au sud de leur base principale de Gao, et donc au centre du Mali jusqu’au Faso, déstabilisé à son tour. Une situation inquiétante pour ses voisins, comme la Côte d’Ivoire, qui pourraient être touchés par le péril islamiste dans un dangereux effet de domino.

La prise de conscience que le combat sera long

Du côté de l’armée française, personne n’est dupe. « Cette guerre ne se gagnera pas sur le plan militaire s’il n’y a pas de développement pour les populations », résume-t-on dans les états-majors. La veille de l’arrivée d’Édouard Philippe et de ses deux ministres, un raid d’hélicoptères français éliminait au nord de Tombouctou onze terroristes, dont Yahya Abou El Hamane, le chef d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Une opération réussie mais d’opportunité à la suite du repérage par un drone de trois véhicules suspects, ce qui montre que la traque des « cibles à haute valeur ajoutée » est difficile, alors que les chefs terroristes ne restent pas terrer mais se déplacent à découvert dans l’immensité désertique.

Édouard Philippe ne s’en cache pas. Il estime que malgré les résultats, la tâche est longue . « La lutte antiterroriste dans le Sahel demande détermination, endurance et humilité. On est face à un combat dur », a-t-il dit depuis Bamako. Des déclarations loin de celles qui ont suivi l’euphorie de l’opération-éclair Serval en 2014 avant qu’elle ne se transforme à l’initiative de François Hollande et son ministre Le Drian, en dispositif Barkhane, beaucoup plus lourd et dispendieux vu qu’il est censé contrôler un territoire aussi grand que l’Europe avec un faible ratio humain par rapport à la superficie.

Malgré 900 djihadistes éliminés par Serval, en particulier dans le massif des Iffoghas, des groupes terroristes se sont depuis reformés. Les commandos français « neutralisent » pourtant leurs chefs, qui se renouvellent à chaque disparition de leurs supérieurs. Au bout de six ans de guerre, Emmanuel Macron et son Premier ministre doivent se résoudre à leur tour à conserver ce dispositif militaire aux résultats mitigés, en ouvrant toutefois un chantier concernant le développement du Mali, lequel permettra peut-être d’isoler les terroristes des populations. Un processus long et coûteux, déjà essayé sans succès en Afghanistan. L’enjeu : « gagner les cœurs et les esprits » .

 

Source : afrique.lepoint.fr

Mots clés : Afrique, Actualités, Economie, Mali, Développement, Agence française de développement (AFD), G5