Depuis l’éviction de l’Emirati DP World l’année dernière, les Djiboutiens tiennent eux-mêmes la gestion du port de Doraleh. Et selon le chef du commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), ils seraient « plus efficaces » que leurs ex-partenaires. Explications.

A Djibouti, les équipes déployées depuis février 2018 par les autorités nationales pour la gestion du port de Doraleh travaillent mieux que leurs ex-partenaires émiratis, en l’occurrence DP World. C’est ce que pense Thomas Waldhauser, le chef du commandement des Etats-Unis en Afrique (Africom) qui rendait compte la semaine dernière lors d’un comité des services armés du Sénat américain, selon un extrait de la rencontre.

« Plus efficaces, ils ont un meilleur plan de transit »

« Lorsque je rendais compte l’année dernière, Djibouti venait juste de reprendre ce port des mains des EAU [Emirats Arabes Unis, ndlr]. Il y a eu des problèmes judiciaires devant les tribunaux internationaux, sur lesquels je ne veux pas revenir aujourd’hui. Mais, les Djiboutiens exploitent ce port depuis maintenant plus d’un an. Sur la base des données que nous avons obtenues de l’ambassade [des Etats-unis, ndlr], les Djiboutiens ont franchement fait un meilleur travail, sont plus efficaces et ont un meilleur processus de transit que lorsque les Emaratis géraient le port », a-t-il déclaré, répondant à une question sur la gestion actuelle du port et de la garantie de son accessibilité pour les agents américains.

Ces déclarations du Général Waldhauser viennent confirmer la spectaculaire progression de Djibouti dans le rapport 2018 de la Banque mondiale sur la performance logistique. En effet, ce pays d’Afrique de l’Est a bondi de 44 places, passant du 134ème en 2016 au 90ème en 2018 sur 160 pays à travers le monde, dans le classement biennal.

Pour rappel, le litige au sujet du port de Doraleh est née en 2015, lorsque Djibouti accuse DP World d’avoir versé des pots de vin de plusieurs millions de dollars à des membres de l’équipe dirigeante du port pour en obtenir la gestion dont le contrat a été signé en 2006 pour une durée de 30 ans. Des têtes tombent. Notamment le directeur général du port à l’époque, Abdourahman Boreh. Mais toutes les poursuites engagées contre lui devant les tribunaux internationaux à Londres n’aboutissent à rien. L’homme prend la fuite et se réfugie à Dubaï. Lorsque le gouvernement djiboutien réclame son extradition, Dubaï rejette. Les relations s’enveniment entre les deux pays.

Pas de vente à la Chine

En février 2018, Djibouti décide finalement de résilier le contrat. DP World recours au tribunal arbitral de Londres et obtient gain de cause. Ce que dénonce vigoureusement le gouvernement de Ismaïl Omar Guelleh, regrettant que la souveraineté de Djibouti en tant qu’Etat soit ainsi bafouée.

Port de Doraleh

Depuis février 2018, le port de Doraleh est exclusivement géré par une entreprise publique nationale. Et même si Djibouti assure désormais la gestion de son port, la Chine reste très présente dans les activités portuaires locales, ce pays d’Afrique de l’est étant par ailleurs le premier au monde à accueillir une base militaire chinoise à l’étranger. Ce qui soulève l’inquiétude des américains depuis l’année dernière quant à la garantie d’un accès au port de Doraleh, surtout au cas où Djibouti envisagerait une vente une à la Chine. A ce sujet, les troupes américaines sont rassurés, mais pas à 100%.

« […] Notre accès y est nécessaire et indispensable.[…] Le président Guelleh nous a donné sa parole que nous y aurons toujours accès et qu’ils n’ont pas l’intention de le vendre à la Chine. Ce sont ses paroles et ses actions les ont corroborées jusqu’à présent. Je n’ai donc aucune raison de ne pas y croire. Néanmoins, je reste préoccupé par notre accès là-bas, car si cet accès nous était refusé ou s’il était limité, nos activités en Afrique de l’Est en seraient considérablement affectées », a déclaré le Général Waldhauser au Sénat américain, soulignant le rôle crucial que joue ce port dans toute la sous-région où les troupes américaines sont largement déployées.

 

Source : afrique.latribune.fr