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Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), Étienne Giros constate que les investisseurs dans le domaine du pétrole ont changé. Il estime également que l’électrification du continent, première étape indispensable à son développement économique, passe en premier lieu par un renforcement du cadre institutionnel en matière énergétique.

Le pétrole est-il aujourd’hui toujours la source d’énergie qui attire le plus les investisseurs en Afrique ?

Étienne Giros : Le pétrole est depuis longtemps une ressource importante en Afrique. Avec 7,5 millions de barils/jour, le continent représente 8% de la production mondiale. Cependant, depuis 2014, la baisse du prix du baril a assez fortement influencé la stratégie des opérateurs. Des majors historiques – comme Total, BP, ENI – sont restés, mais de nouveaux acteurs sont apparus, comme Tullow Oil, ainsi qu’un certain nombre de traders.

En Ouganda, un nouveau champ va être exploité, fruit de la coopération entre Total, la compagnie chinoise CNOOC, et le britannique Tullow Oil. Ce type de coopérations existent depuis une vingtaine d’années, mais elles regroupaient jusqu’à présent plutôt des majors. Or, de nouveaux opérateurs sont apparus. Il y a eu une redistribution des cartes. Perenco, une société franco-britannique, fait ainsi partie de ces nouveaux acteurs. Elle s’est installée au Gabon et au Congo, et produit 0,5 million de barils/jour, ce qui n’est pas rien.

Comment s’explique ce changement ?

E.G : Par l’accroissement des besoins financiers nécessaires à la prospection et à l’extraction du pétrole. Prenons par exemple le site de Grand-Tortue, entre la Mauritanie et le Sénégal. Il est situé loin en mer, à 125 kilomètres des côtes, et à 2.500 mètres de profondeur. Pour le pétrole onshore, de plus en plus, les gisements sont situés dans des régions difficiles d’accès, avec la nécessité de construire des pipelines et d’organiser des acheminements sur de longues distances. Par rapport à la situation d’il y a 20 ou 30 ans, les coûts d’exploitation sont plus élevés. On comprend alors d’autant mieux l’importance que prend la baisse du prix du baril de brut.

“Il faut un climat des affaires favorable”

Dès lors, il semblerait évident que les investisseurs commencent à se tourner vers les énergies renouvelables, non ?

E.G : Les énergies renouvelables sont évidemment l’avenir. Leurs capacités sont presque sans limites, en particulier pour le solaire. Pour ce qui est de l’éolien et de l’hydroélectrique, les potentialités sont également énormes, notamment quand on sait que seuls 10% des capacités hydroélectriques du continent sont réellement exploitées. La Banque africaine de développement (BAD) a d’ailleurs lancé un plan, le Nouveau pacte pour l’énergie en Afrique, qui table sur un accès à l’électricité pour tous les Africains d’ici 2025 ; un objectif qui passera forcément par les énergies renouvelables. Cela va beaucoup bouger, il existe énormément de projets et beaucoup de bonne volonté, mais il y a deux obstacles importants. Tout d’abord la faiblesse ou l’insuffisance des organes de régulation de l’énergie en Afrique.

Ensuite, il faut un climat des affaires favorables, car ce sont des investissements de long terme. Si les règles du jeu ou la fiscalité changent tout le temps, beaucoup d’investisseurs vont passer leur chemin. Je devrais même ajouter un troisième élément : la vétusté des sites de production d’électricité et du réseau. D’ici 2025, si l’on veut faire en sorte que les 60% d’Africains qui n’ont pas encore accès l’électricité en soient enfin équipés, il faudra régler ces problèmes en priorité. Pour cela, la nécessité absolue est de recourir aux partenariats public-privé ; le premier posant les règles, le second apportant les capitaux.

Il faut que tout fonctionne ensemble, car nous parlons d’investissements à amortir sur le long terme. Cela ne sert à rien de construire des parcs éoliens ou solaires partout si le réseau est incapable de distribuer l’électricité produite. Des processus clairs d’attribution des marchés, ainsi que la séparation des fonctions de distribution, de transport, et de production sont indispensables. Il faut adapter au cas par cas, et passer par des systèmes off-grid ou micro-grid pour les zones où cette solution est la plus intéressante.

 

Source : afrique.latribune.fr